Gilliatt a l’option

, par Victor Hugo

Les mystérieuses forces avaient bien choisi le moment.

Le hasard, s’il existe, est habile.

Tant que la panse avait été remisée dans la crique de l’Homme, tant que la machine avait été emboîtée dans l’épave, Gilliatt était inexpugnable. La panse était en sûreté, la machine était à l’abri ; les Douvres, qui tenaient la machine, la condamnaient à une destruction lente, mais la protégeaient contre une surprise. Dans tous les cas, il restait à Gilliatt une ressource. La machine détruite ne détruisait pas Gilliatt. Il avait la panse pour se sauver.

Mais attendre que la panse fût retirée du mouillage où elle était inaccessible, la laisser s’engager dans le défilé des Douvres, patienter jusqu’à ce qu’elle fût prise, elle aussi, par l’écueil, permettre à Gilliatt d’opérer le sauvetage, le glissement et le transbordement de la machine, ne point entraver ce merveilleux travail qui mettait tout dans la panse, consentir à cette réussite, là était le piège. Là se laissait entrevoir, sorte de linéament sinistre, la sombre ruse de l’abîme.

À cette heure, la machine, la panse, Gilliatt, étaient réunis dans la ruelle de rochers. Ils ne faisaient qu’un.

La panse broyée à l’écueil, la machine coulée à fond, Gilliatt noyé, c’était l’affaire d’un effort unique sur un seul point. Tout pouvait être fini à la fois, en même temps, et sans dispersion ; tout pouvait être écrasé d’un coup.

Pas de situation plus critique que celle de Gilliatt.

Le sphinx possible, soupçonné par les rêveurs au fond de l’ombre, semblait lui poser un dilemme.

Reste, ou pars.

Partir était insensé, rester était effrayant.