Exception dans le caractère de Lethierry (2)

, par Victor Hugo

Il lui arrivait, de loin en loin, d’accompagner à la paroisse anglicane Déruchette, laquelle elle-même, nous l’avons dit, n’y allait qu’aux quatre grandes fêtes de l’année.

Somme toute, ces compromis, qui lui coûtaient, l’irritaient, et, loin de l’incliner vers les gens d’église, augmentaient son escarpement intérieur. Il s’en dédommageait par plus de moquerie. Cet être sans amertume n’avait d’âcreté que de ce côté-là. Aucun moyen de l’amender là-dessus.

De fait et absolument, c’était son tempérament, et il fallait en prendre son parti.

Tout clergé lui déplaisait. Il avait l’irrévérence révolutionnaire. D’une forme à l’autre du culte il distinguait peu. Il ne rendait même pas justice à ce grand progrès : ne point croire à la présence réelle. Sa myopie en ces choses allait jusqu’à ne point voir la nuance entre un ministre et un abbé. Il confondait un révérend docteur avec un révérend père. Il disait : Wesley ne vaut pas mieux que Loyola. Quand il voyait passer un pasteur avec sa femme, il se détournait.

Prêtre marié ! disait-il, avec l’accent absurde que ces deux mots avaient en France à cette époque. Il contait qu’à son dernier voyage en Angleterre, il avait vu « l’évêchesse de Londres ». Ses révoltes sur ce genre d’unions allaient jusqu’à la colère. - Une robe n’épouse pas une robe ! s’écriait-il. - Le sacerdoce lui faisait l’effet d’un sexe. Il eût volontiers dit : « ni homme, ni femme ; prêtre ». Il appliquait, avec mauvais goût, au clergé anglican et au clergé papiste, les mêmes épithètes dédaigneuses ; il enveloppait les deux « soutanes » dans la même phraséologie ; et il ne se donnait pas la peine de varier, à propos des prêtres, quels qu’ils fussent, catholiques ou luthériens, les métonymies soldatesques usitées dans ce temps-là.

Il disait à Déruchette : Marie-toi avec qui tu voudras, pourvu que ce ne soit pas avec un calotin.